Lettre ouverte aux Canadiens et Canadiennes sur la foi et les changements climatiques
Des politiciens, des scientifiques et des militants écologistes de partout se réuniront le mois prochain à Copenhague, au Danemark, alors que les dirigeants du monde entier tenteront d’élaborer une nouvelle entente dans le but de stopper les effets dévastateurs des changements climatiques.
À cette Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques seront également présents des leaders d’Église tels l’Archevêque Emeritus Desmond Tutu, l’Archevêque de Canterbury Rowan Williams et, oui, la modératrice de l’Église Unie du Canada, madame Mardi Tindal.
Pourquoi les leaders religieux participent-ils à ces discussions éminemment techniques? Et en quoi les changements climatiques concernent-ils la foi?
Nous croyons que la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques est un lieu où science et foi doivent se rencontrer.
Ces pourparlers détermineront sans doute le destin des générations futures. C’est de l’avenir de nos enfants dont il s’agit. Pour avancer nous devons recourir à ce que la science peut faire de mieux et être ainsi solidement fondés sur la réalité. Mais nous devons également reconnaître les valeurs spirituelles qui ont guidé les humains pendant des siècles et ainsi travailler à l’élaboration d’une vision d’intégrité.
La science nous dit ce qui est et, selon certains paramètres, ce qui sera. Pour leur part, les valeurs spirituelles nous enseignent ce qui devrait être. Seule l’association de ces deux perspectives nous permettra de traverser sans risque cette étape périlleuse.
Par exemple, les scientifiques évaluent qu’en 2050 jusqu’à 200 millions de personnes pourraient être déplacées de manière permanente à cause de l’élévation du niveau de la mer et des autres effets des changements climatiques. Notre réponse à cette catastrophe à long terme sera déterminée par nos valeurs comme êtres humains et par le genre d’avenir que nous voulons préparer. Ce sont des questions d’ordre spirituel.
Mais jusqu’ici, les considérations économiques et politiques ont eu tendance à prédominer dans nos discussions sur le changement climatique. Bien sûr, ces facteurs sont importants, mais ils ne sont pas suffisants. Il est vital que les gens de foi participent au débat pour faire en sorte que les décisions qui touchent notre avenir ne soient pas déterminées que par des préoccupations à court terme, comme ce qui ce qui coûte le moins cher ou ce qui est le plus pratique.
Les groupes religieux sont peut-être uniques en ce sens qu’ils ont tendance à voir plus loin que les autres institutions. En réponse aux processus de changement du climat qui se déploient sur des décennies, sinon des siècles, ces perspectives à long terme font un contrepoids indispensable à la pression des idées dictées par les résultats du prochain trimestre ou de la prochaine élection.
C’est la raison pour laquelle la Conférence de Copenhague est sans précédent. Elle est le lieu où les non croyants et les croyants de diverses traditions de foi devront s’entendre sur le genre de monde que nous voulons pour nous-mêmes, pour nos enfants et nos petits-enfants. Rêver ou créer le monde que nous voulons, cela veut dire conclure entre nous un grand marché pour permettre à la vie de se poursuivre dans l’espérance et l’humanité. Nous devons être prêts à prendre des décisions, à faire des sacrifices et à poser des gestes de bonne volonté les uns envers les autres et envers la planète.
Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a récemment fait une remarque semblable lors d’une conférence interreligieuse : « Il est vrai que les communautés de foi de notre monde occupent une position unique lors de discussions sur le sort de notre planète et des impacts des changements climatiques qui s’accélèrent. »
Il a ajouté avoir depuis longtemps la conviction que « si les gouvernements, la société civile et en particulier les communautés religieuses travaillent ensemble, la transformation devient possible. Les diverses religions et traditions de foi font essentiellement partie de cette équation. »
En plus des questions scientifiques, technologiques et économiques, les changements climatiques nous forcent à considérer des questions clés quant à notre vision du monde pour les 10 ou 100 prochaines années – et à nous poser des questions de foi fondamentales comme celles-ci : qui survivra aux changements non désirés et injustifiés qui surviendront, et qui en souffrira ?
Les changements climatiques sont directement liés aux sources d’énergie, aux styles de vie et aux pouvoirs qui auront un impact grandissant sur notre planète bien après nous et après nos descendants. Aborder ces problèmes oblige les individus et les sociétés à prendre de graves décisions, non seulement pour notre avenir mais aussi pour la qualité de vie des générations futures.
Comme peuple de foi, nous ne croyons pas qu’une solution technologique pourra résoudre le problème du changement climatique, tout simplement. Il faudra une transformation de notre façon de vivre sur cette fragile planète.
Comme peuple de foi, nous sommes appelés à considérer la terre non seulement comme un puits de ressources et de richesse, mais comme une communauté dans laquelle nous vivons, nous agissons et nous nous réalisons.
Depuis plusieurs décennies, la science et la politique gouvernementale sont aux prises avec un problème posé pour la première fois en 1988, à Toronto, lors d’une conférence internationale sur la modification de l’atmosphère. La conférence a conclu que « l’humanité est en train de mener sans le vouloir et sans la contrôler une expérience qui s’étend à tout le globe et dont les conséquences ultimes pourraient s’apparenter à rien de moins qu’une guerre nucléaire planétaire ».
Depuis ce jour, la science et l’expérience ont commencé à confirmer ce sinistre avertissement. Des populations et des écosystèmes entiers sont menacés par l’impact dévastateur des sécheresses, des vagues de chaleur extrême, des feux de forêt, des inondations, des tempêtes et de la hausse du niveau de la mer.
Le Canada se trouve dans une situation unique. Bien que nous ne soyons plus un leader quant aux politiques sur les changements climatiques, l’enjeu quant aux conséquences est énorme pour nous. En tant que pays possédant la masse continentale la plus importante et le plus grand littoral sur trois océans, l’issue de l’entente entre les nations de la planète à Copenhague est cruciale pour notre avenir.
Le Canada doit se fixer des objectifs à Copenhague afin de minimiser les effets des changements climatiques sur les communautés d’ici et d’ailleurs, et pour respecter ses engagements face au Protocole de Kyoto.
Nous croyons qu’ensemble nous pouvons trouver des solutions qui nous mèneront sur une voie de viabilité plus saine.
La responsabilité du Canada est de faire preuve de leadership en ce temps de crise climatique mondiale.
Bien qu’aucun d’entre nous ne puisse vraiment s’en faire une idée complète de la situation, nous pouvons ensemble prendre des mesures pour une vie plus durable et meilleure. En définitive, nous devrions tous et chacun nous sentir interpellés par ce problème et la manière d’y réagir. Que nous y soyons en personne ou en esprit, nous nous devons tous d’être présents à Copenhague.
La modératrice de l’Église Unie, Mardi Tindal, et l’honorable David MacDonald
Mardi Tindal est modératrice de l’Église Unie du Canada. L’honorable David MacDonald a présidé le Comité sur l’environnement de la Chambre des communes de 1989 à 1993. Ils assisteront tous deux à la Conférence COP 15 des Nations Unies sur les changements climatiques à Copenhague.